Astrée and Céladon at the time of sexual liberation

It is surprising to discover, forty years after its creation, this forgotten film by Moshe Mizrahi. Sophie’s Ways (Les Stances à Sophie) is the second feature film by the man who won an Oscar in 1977 for his adaptation of La Vie devant Soi with Simone Signoret. It was during several stays in Paris that this director of Israeli origin attended the Cinémathèque of Henri Langlois, read the Cahiers du Cinéma and met Chabrol and Truffaut. Based on the novel by Christiane Rochefort, who co-wrote the dialogues and the screenplay, Mizrahi depicts the torments of male-female relationships, in the singular relationship of the couple, that of Celine (Bernadette Lafont) and Benoît (Michel Duchaussoy), which we follow from their meeting: an accident on the banks of the Seine, to their separation, not without having previously examined all the sado-masochistic games in which the two engage. The trajectory of the characters – that of an awakening of consciousness – weaves in the backdrop a painting of the mores of the French bourgeoisie and more broadly of a consumerist and phallocratic society whose rites, cultural practices and mythologies Mizrahi applies to reproduce, such as car fetishism, the tourist trip, the dinner party, adultery between friends. One often thinks here of Barthes’ articles on ornamental cuisine or La Nouvelle Citroën, for the purpose and the tone. If this sentimental education, dated and sometimes heavy in its didacticism (notably when Céline and Julia-Bulle Ogier decide to write an anti-manual of sexuality and reproduce a small feminine society which reminds the salons of the XVIIIth century… It is often with humor and a mischievousness that is not without poetry that he chips away at the shaky foundation of the dominant male and the shams of love and desire.

He owes this poetry to his actors, and in particular to the petulant presence of Bernadette Lafont, who plays a voluntarist Emma Bovary who is not to be trifled with anymore. He also owes it to a staging that does not bother with verisimilitude with its taste for detail and decoration: antique cartoons on Pompeian models that decorate the apartments, paintings of masters, remnants and decorum of another art of love without actuality, color games between clothes and tapestries. Playing with repetition and variation in the arrangement of sequences, Mizrahi alternates with finesse ironic, lyrical and tragic moments. Thus, in one of the inaugural sequences, when he throws back to front romantic (him) and libertarian (her) postulates, he films his two young lovers in a setting that would seem to emerge from the straightforward countryside of the Ile-de-France region: a field of wheat after the threshing machine has passed through, in the center of which stands an electric pylon. In this bucolic setting, which is not without graphic qualities, He: “I would like to love one woman, but she would be all the women” – She: “And I would like to love all the men as if there were only one”. The frame cut by the camera then leaves these modern-day Astraeus and Celadon, sliding from Bernadette Lafont’s amused smile to a yellow and red sign warning of the dangers of electrocution: “Danger of confusion”.

Stances

Sophie ‘s Ways is a tragi-comedy that pleads for the reinvention of the couple, an ode to female desire, to which the music of the Art Ensemble of Chicago infuses a dose of dreaminess and baroque madness. If the film, endearing in many ways, is less essential than the album of the Art Ensemble Of Chicago, the DVD offers however in supplement an interesting interview of Joseph Jarman, one of the founders of the Art Ensemble which endeavors in half an hour to cover a career which leads us from Chicago to Paris, from Paris to the Australian bush, from the AECM premises to the martial arts dojo and the Buddhist temple that Jarman directs today, and retraces a whole itinerary that allows us to cross paths with Miles Davis, John Coltrane, Ornette Coleman and many others…

Sophie is not to be found in the Art Ensemble of Chicago’s record, nor in Moshe Mizrahi’s film, nor in Christiane Rochefort’s novel. Behind the title is a reference to French medical folklore, a song by carabinists who are very interested in anatomy. The Stances are also an old poetic form, characterized by its formal freedom. The beautiful classical regularity admitted the irregularity of the meter and thus of the rhythms and the most unexpected rhyme games in order to express the doubt, the uncertainties and the movements of the loving feeling. According to Philippe Carles and Jean-Louis Comolli**, free jazz is more a music of abduction than of pleasure. One could not find a more beautiful title for an album of the Art Ensemble Of Chicago.

Special thanks to Mathias Dreyfuss


Astrée et Céladon à l’heure de la libération sexuelle

On est donc bien surpris de découvrir, quarante ans après, ce film oublié de Moshe Mizrahi. Les Stances à Sophie est le second long métrage de celui qu’Hollywood consacrera d’un oscar en 1977 pour son adaptation de La Vie devant Soi avec Simone Signoret. C’est au cours de plusieurs séjours à Paris que ce réalisateur d’origine israélienne fréquente la Cinémathèque de Henri Langlois, lit les Cahiers du Cinéma et rencontre Chabrol et Truffaut. À partir du roman de Christiane Rochefort qui cosigne ici les dialogues et le scénario, Mizrahi y dépeint les affres des rapports homme-femme, dans cette relation singulière du couple, celui de Céline (Bernadette Lafont) et de Benoît (Michel Duchaussoy) que l’on suit de leur rencontre : un accident sur les bords de Seine, à leur séparation, non sans en avoir auparavant ausculté tous les jeux sado-masochistes au quotidien auxquels les deux se livrent. La trajectoire des personnages – celle d’un éveil de conscience – tisse en toile de fond une peinture des mœurs de la bourgeoisie française et plus largement d’une société consumériste et phallocrate dont Mizrahi s’applique à reproduire les rites, les pratiques culturelles et les mythologies telles que le fétichisme automobile, le voyage touristique, le dîner, l’adultère entre amis. On pense ici souvent aux articles de Barthes sur la Cuisine ornementale ou La Nouvelle Citroën, pour le propos et la tonalité. Si cette éducation sentimentale, datée et parfois empesée dans son didactisme (notamment lorsque Céline et Julia-Bulle Ogier décident d’écrire un anti-manuel de sexualité et reproduisent une petite société féminine qui rappelle les salons du XVIIIè… les hommes en moins, mais il faut dire que ce sont ici tous de grands nigauds), c’est souvent avec humour et une espièglerie qui n’est pas dénuée de poésie qu’il écorne le socle chancelant du mâle dominant et des impostures de l’amour et des désirs.

Cette poésie, il la doit à ses acteurs, et notamment à la présence pétulante de Bernadette Lafont qui campe ici une Emma Bovary volontariste et à qui on ne la fait plus. Il la doit également à une mise en scène qui ne s’encombre guère de vraisemblance avec son goût du détail et du décoratif : des cartons antiques sur des modèles pompéiens qui ornent les appartements, tableaux de maîtres, vestige et décorum d’un autre art d’aimer sans actualité, jeux de couleurs entre les vêtements et les tapisseries. Jouant de la répétition et la variation dans l’agencement des séquences, Mizrahi alterne avec finesse moments ironiques, lyriques, et tragiques. Ainsi, dans l’une des séquences inaugurales, lorsqu’il renvoie dos-à-dos postulats romantiques (lui) et libertaires (elle), il filme ses deux jeunes amants dans un décor qui semblerait sortir de la rectiligne campagne francilienne : un champ de blé après le passage de la batteuse, au centre duquel trône un pylône électrique. Dans ce cadre bucolique qui n’est pas sans qualités graphiques, Lui : « Moi, j’aimerais aimer une femme mais qui serait à elle seule toutes les femmes » – Elle : « Et moi j’aimerais aimer tous les hommes comme s’il n’y en avait qu’un ». Le cadre découpé par la caméra quitte alors ces Astrée et Céladon des temps modernes, glisse du sourire amusé de Bernadette Lafont vers un panneau jaune et rouge qui met en garde contre des dangers d’électrocution : « Danger de confusion ».

Stances

Les Stances à Sophie est donc une tragi-comédie qui plaide en faveur de la réinvention du couple, une ode au désir féminin, auquel la musique de l’Art Ensemble Of Chicago vient insuffler une dose d’onirisme et de folie baroque. Si le film, attachant à bien des égards, se révèle moins indispensable que l’album de l’Art Ensemble Of Chicago, le Dvd propose toutefois en supplément une interview intéressante de Joseph Jarman, l’un des fondateurs de l’Art Ensemble qui s’attache en une demi-heure à couvrir une carrière qui nous mène de Chicago à Paris, de Paris au bush australien, des locaux de l’AECM au dojo d’arts martiaux et au temple bouddhiste que dirige Jarman aujourd’hui et retrace tout un itinéraire qui permet de croiser les silhouettes de Miles Davis, John Coltrane, Ornette Coleman et bien d’autres encore…

On ne trouvera de Sophie ni dans le disque de l’Art Ensemble Of Chicago, ni dans le film de Moshé Mizrahi, ni dans le roman de Christiane Rochefort. Derrière le titre, se cacherait une référence au folklore médical français, une chanson de carabins très portée sur l’anatomie. Les Stances sont aussi une ancienne forme poétique, caractérisée par sa liberté formelle. La belle régularité classique y admettait l’irrégularité du mètre et donc des rythmes et les jeux de rimes les plus inattendus afin d’y exprimer le doute, les incertitudes et les mouvements du sentiment amoureux. Á en croire Philippe Carles et Jean-Louis Comolli**, le free jazz est davantage une musique du rapt que du plaisir. On ne pouvait visiblement trouver plus beau titre pour un album de l’Art Ensemble Of Chicago.

Chaleureux remerciements à Mathias Dreyfuss

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