Yuichiro Fujimoto’s Kinoe, delicate assemblages that escape all the criteria of what we consider musical

With their naive simplicity, Yuichiro Fujimoto’s records can arouse both fascination and exasperation: no doubt for this reason that they are situated on the fringe of what is usually considered to be music. In the manner of Marcel Duchamp’s “ready made” which, in their time, posed the question of the status of the work of art to the critics, Yuichiro Fujimoto’s work questions our implicit conception of what is a musical work. Delicate assemblages of field recordings and notes played on makeshift instruments, his compositions escape all the criteria that generally allow us to identify a sound sequence as musical.

In the first chapter of these criteria, the technical competence is enthroned: since the Greek Antiquity, the artist was always conceived on the model of the craftsman, holder of a technical knowledge (technè) which he puts to good use to create his works. However, Fujimoto’s work is not based on such knowledge: as he himself confesses, he has never taken music lessons, and his instrumental technique is quite rudimentary. The notes that he sketches, sometimes on the guitar, sometimes on the melodica or on the piano, are hesitant, groping, like those that a child would produce when picking up one of these instruments for the first time. Often compared to the works of Lullatone or Kazumasa Hashimoto for their naïve or even childish dimension, the compositions of the Japanese have nevertheless a much more archaic aspect, which would bring him closer to the posture of a Brian Eno with whom he shares the claimed status of “non-musician”.

Another traditional criterion of a musical piece, at least in the Western aesthetic tradition: the dramaturgy. From the Wagnerian “total art” to the couplet-chorus structure of the common pop song, modern music has taken over from the Greek theater its dramatic structure, which consists in transfiguring the given, in condensing it into a series of events. But once again, Yuichiro’s work is at odds with these criteria. It does not contain any of the basic ingredients that we believe are essential to the construction of a musical narrative, such as the alternation of strong and weak beats, crescendos or breaking effects.

Instead, one will find a collection of sketches and vignettes which, far from transcending reality, seek rather to render it in its essential features. Thus, many of the Japanese artist’s pieces relate everyday activities: on the album Kinoe, one hears the sound of cutlery, someone coloring, or water running in a bathroom. On such tracks, the introduction of melodies via guitar or piano does not so much serve to transform such experiences as to delicately underline the emotion that inhabits them.


Par leur simplicité naïve, les disques de Yuichiro Fujimoto peuvent susciter tout autant la fascination que l’exaspération : sans doute pour cette raison qu’ils se situent en marge de ce qu’on tient habituellement pour de la musique. À la manière des « ready made » de Marcel Duchamp qui, en leur temps, posèrent aux critiques la question du statut de l’oeuvre d’art, Yuichiro Fujimoto interroge par son travail notre conception implicite de ce qu’est une oeuvre musicale. Assemblages délicats de field recordings et de notes égrennées sur des instruments de fortune, ses compositions échappent à tous les critères qui nous permettent généralement d’identifier une séquence sonore comme étant musicale.

Au premier chapitre de ces critères trône celui de la compétence technique : dès l’Antiquité grecque, l’artiste a toujours été conçu sur le modèle de l’artisan, titulaire d’un savoir technique (technè) qu’il met à profit pour créer ses oeuvres. Or, précisément, le travail de Fujimoto se soustrait à un tel savoir : comme il le confesse lui-même, il n’a jamais pris de cours de musique, et il possède une technique instrumentale tout à fait rudimentaire. Les notes qu’il esquisse tantôt à la guitare, tantôt au melodica ou au piano, sont hésitantes, tâtonnantes, comme celles que produirait un enfant saisissant pour la première fois l’un de ces instruments. Souvent comparées aux travaux de Lullatone ou de Kazumasa Hashimoto pour leur dimension naïve voire infantile, les compositions du Japonais ont néanmoins un aspect nettement plus archaïque, ce qui le rapprocherait plutôt de la posture d’un Brian Eno avec qui il partage le statut revendiqué de « non-musicien ».

Autre critère traditionnel d’une pièce musicale, du moins dans la tradition esthétique occidentale : la dramaturgie. De l’ « art total » wagnérien à la structure couplet-refrain du commun des pop songs, la musique moderne a repris au théâtre grec sa structure dramatique, qui consiste à transfigurer le donné, à le condenser en une suite de péripéties. Or, une fois de plus, le travail de Yuichiro s’inscrit en porte-à-faux vis-à-vis de ces critères. Il ne comporte aucun des ingrédients de base qui nous semblent essentiels à la construction d’une narration musicale, comme l’alternance des temps forts et des temps faibles, les crescendos ou les effets de rupture.

On y trouvera plutôt une collection d’esquisses, de croquis et de vignettes qui, loin de transcender le réel, cherchent plutôt à le restituer dans ses traits essentiels. Ainsi, nombreux sont les morceaux du Japonais qui relatent des activités quotidiennes : sur l’album Kinoe, on entend ici des bruits de couverts, là quelqu’un en train de faire du coloriage, plus loin encore de l’eau qui coule dans une salle de bains. Sur de tels titres, l’introduction de mélodies par l’intermédiaire de la guitare ou du piano ne sert pas tant à transformer de telles expériences qu’à souligner délicatement l’émotion qui les habite.

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